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Recherche d'un courtier
Fédération : Yves FOURMON
8, Allée du Vignoble - BP 21 - 51571 Reims Cedex
Tél : 03 26 85 69 87 - Fax : 03 26 85 69 88
E-mail : contact@courtiersenvin.com
     
  Historique

Le Troisième Homme
 
L'histoire du courtier est aussi longue que l'histoire du commerce lui-même. Pour aussi loin que l'on remonte dans l'étude des société anciennes, on trouve trace de celui qui fut, de tous temps, un intermédiaire, un intercesseur, voire un entremetteur, si le mot ne véhiculait une légère connotation péjorative.
 
Il semble que ce soit la mise en marché de produits d'origine agricole qui ait, tout autour du Bassin Méditerranéen, favorisé l'éclosion de ce vieux métier. Ensuite, le développement du commerce au fil des siècles l'a rendu à la fois officiel et indispensable.
Devant ces états de service, somme toute glorieux, on peut s'étonner que la corporation n'ait pas la popularité qu'elle mérite. Le rôle du courtier est encore peu connu du grand public, si l'on excepte les agissements de certains courtiers en bourse... Mais il s'agit là de "golden boys" internationaux, dont les méthodes et les fonctions sont bien loin de celles du courtier en vins. Lequel, sans tapage aucun, a su construire l'image d'une profession d'autant plus respectée qu'elle est respectable, par son sérieux, son efficacité et la qualité du service qu'elle rend.
 
Là encore, ce sérieux ne date pas d'aujourd'hui. C'est Saint Louis en 1245 qui signa un édit interdisant aux courtiers de participer personnellement à une affaire. Et c'est une ordonnance royale du 12 mars 1321 qui fixa la base juridique de la profession. On ne s'étonnera donc pas qu'en matière de vin, le courtier ait su devenir une sorte de nécessaire troisième homme, apportant un débouché au producteur, et un fournisseur au négociant.
 
Son rôle, toutefois, ne se limita jamais à cela. C'est un courtier qui, le premier, dressa une sorte de classement des vins de Bordeaux, à la demande de l'intendant de la Généralité de Guyenne, Dupré Saint Maur. Il s'appelait Labadie et, bien avant la Révolution, en 1776, il établit une très sérieuse "Nomenclature des Domaines de Guyenne qui produisaient des vins dits alors de Bordeaux, et dont les prix qu'avaient ces vins furent recensés par ordre de l'Intendant de la Province". Labadie avait du mérite de s'attaquer à pareille tâche ; il s'en acquitta remarquablement bien, et fut le premier à classer les vins de Bordeaux par paroisse, et par prix. Sa "Nomenclature" était donc une grande nouveauté, si on la compare avec celles qui existaient avant, comme celles que publiait la Jura de Bordeaux, qui ne recensait que les "prix mis aux vins de la sénéchaussé et pays bordelais"...
 
Après Labadie, ce sont d'autres courtiers qui établirent, à la demande de Napoléon III, le célèbre Classement de 1855, pour les vins du Médoc et du Sauternais. Rien n'a jamais remplacé ce monument historique, qui fait toujours autorité sur le marché. Il est d'ailleurs à noter que la totalité des vins classés en 1855 sont toujours commercialisés par le négoce de la place de Bordeaux et les courtiers qui travaillent avec lui. Ce classement avait été précédé de plusieurs autres au 19e siècle, notamment celui du courtier Jarride en 1828. C'est bien la preuve qu'à cette époque, les courtiers jouaient le rôle que joue aujourd'hui la presse spécialisée, avec une influence déterminante sur la célébrité des crus. Ce côté journalistique, un peu à l'affût de la dernière bonne affaire, de telle opportunité, de telle mise en vente, constitue toujours leur fond de commerce.
 
Ce n'est pas le seul. Le courtier est aussi la mémoire du vin. Bordeaux possède ainsi une sorte de trésor avec la présence, sur le vieux quai des Chartrons, du bureau de courtage Lawton. Depuis l'arrivée d'Abraham Lawton dans le port de Bordeaux en 1739, ce sont plus de 250 ans de courtage ininterrompu, et de successions familiales directes, qui ont écrit ici l'histoire du vin. Des livres de comptes du 18e siècle y sont précieusement conservés, et un étonnant "journal d'opérations commerciales" daté de 1739, démontre l'exceptionnelle pérennité du métier de courtier, par delà les temps et les modes.
 
C'est aussi le bureau de Lawton qui, depuis 1795, a répertorié toutes les vendanges à Bordeaux, l'importance de la récolte, le temps qu'il a fait, etc.
 
Une mine pour l'amateur. Ce rôle d'observateur impartial du marché et du vignoble est toujours celui du courtier d'aujourd'hui. C'est bien lui, à Bordeaux, qui fixe et publie les cours du vin en vrac et les mercuriales des vins en bouteilles. Ce sont les seul prix "officiels", la seule référence pour les professionnels.
 
Le Premier ministre Edouard Balladur a fixé une nouvelle orientation aux courtiers assermentés, en les faisant dépendre non plus des Tribunaux de commerce, mais des Cours d'appel. C'est renforcer encore la position d'arbitre, le statut finalement juridique, du courtier. C'est aussi reconnaître ses qualité d'expert, de négociateur et surtout de conciliateur.
 
Didier Ters
Journaliste et ami des courtiers.