| |
| Yves
FOURMON
Président
de la Fédération Nationale
des Courtiers en Vins et Spiritueux
de France. |
|
Depuis
le 30 mai 1997 le décret 95/591, instaure
l'examen d'aptitude professionnelle du courtier
en vins dit "de campagne". C'est grâce à
la pugnacité du président Henri Leveque
et de son équipe, que cette profession s'est
dotée d'un atout exceptionnel et unique pour
des commerçants. Ainsi la crédibilité
de cet homme qui oeuvre au coeur de la filière
du vin est manifestement et réellement accrue
et reconnue.
On
peut prétendre que le courtier en vins est
né avec la civilisation du Bassin méditerranéen,
puisque déjà sous Rome il avait pour
nom "Corrateri" ce terme traduisant les allées
et venues qu'il devait effectuer pour mettre vendeurs
et acheteurs d'accord. Il devint "couratier" sous
l'Ancien Régime. Au fil du temps la profession
fut régie par de nombreux Règlements,
dont certains datant du Roi Saint Louis en 1243, qui
éditaient déjà, les premières
règles déontologiques de la profession.
Au
cours des siècles, l'importance des courtiers
en vins et spiritueux ne fit que se confirmer, ces
hommes de terrain, méconnus du grand public,
sont, il est vrai, plus près des vignerons,
de leurs préoccupations, de leurs terroirs
et de leur langage, plus près de leurs clients,
soucieux de les informer et de répondre à
leurs besoins que du consommateur qu'ils n'ignorent
surtout pas !
En
1855, lors de la volonté de classer les vins
de Bordeaux par le Duc de Morny et la Chambre de commerce
à l'occasion de l'Exposition Universelle, c'est
aux seuls courtiers en vins que l'on fit appel, reconnaissant
et confirmant à nouveau leur rôle d'expert
prépondérant dans la filière.
En
fait, qu'est-ce qu'un courtier ? Que fait-il ? Le
vins ne se vendent pas tous en bouteilles au départ
de la propriété du vigneron.
Le
courtier est l'homme à qui le vigneron ou la
Cave coopérative confient leur récolte
de vin en cuve, pour qu'il le vende en gros, sur le
marché en vrac.
Le
courtier s'adresse à un négociant en
vins, lequel après l'achat le retirera, l'embouteillera,
et le vendra à son tour en bouteilles dans
son propre circuit.
Le
négociant s'informe auprès des courtiers,
de leurs possibilités en ce qui concerne les
vins pour lesquels il a un intérêt, de
la tendance des marchés, de ses besoins, afin
que le courtier le couvre des marchandises dont il
a besoin.
Tout
cela demande une expérience, un savoir qu'en
principe, aujourd'hui, seule la pratique auprès
d'un autre courtier peut apporter. C'est pour cela
qu'un examen était indispensable, c'est pour
cela que le préalable à cet examen est
un stage d'au moins trois mois chez un courtier en
vins et spiritueux.
Un
courtier, pour exercer sa profession, se doit de réunir
des qualités indispensables :
-
il doit être honorablement connu,
-
il doit être compétent, commercialement
et techniquement,
-
il doit être sérieux et appliqué,
orgnanisé de telle sorte que les services qu'il
est appelé à rendre soient rapidement
et ponctuellement exécutés dans l'intérêt
bien compris des deux parties qu'il se doit de réunir
par contrat.
En
cas de litige, son rôle d'arbitre reste essentiel,
c'est un indispensable médiateur.
Il
faut savoir que son statut très rigide lui
interdit de faire acte de commerce et qu'il ne peut
avoir aucun intérêt personnel dans une
transaction.
Après
les désordres nés de la période
troublée des années 1940, la profession
réorganisée demanda au législateur
de promulguer une loi obligeant, d'une part, les courtiers
à exercer dans le cadre strict de ce qu'avait
été, des siècles durant, la trame
de leurs obligations, et le protégeant d'autre
part, de toute concurrence déloyale.
(loi
de décembre 1949 - décret du 27 mars
1951).
Souhaitant
s'ouvrir aux jeunes, la Fédération Française
des courtiers en vins et spiritueux a édité
un recueil où sont traitées les matières
nécessaires et indispensables pour pratiquer
efficacement cette profession. Cet ouvrage, contenant
le savoir exigible, a été réalisé
par tous les Syndicats de France, et sera remis gracieusement
aux Chambres de commerce et d'industrie de chaque
vignoble.
Il
faut savoir enfin qu'il y a trois catégories
de courtiers :
-
Les courtiers dits "courtiers de campagne"
(les plus nombreux) qui sont chargés d'effectuer,
en relation avec la production, les achats pour le
compte du négoce de gros ;
-
les courtiers assermentés, dont le rôle
jusqu'en 1866 était assuré par les courtiers
royaux puis impériaux, profession régie
par décret du 29 avril 1964 et la loi du 8
juillet 1983, qui bénéficient de quatre
privilèges légaux :
*
constatation des cours de marchandises,
*
estimation des marchandises,
*
exclusivité des ventes volontaires aux enchères
publiques,
*
expertises.
En
général, beaucoup de courtiers dits
"de campagne", peuvent être assermentés
: ils doivent pour cela pouvoir justifier d'une activité
professionnelle d'au moins cinq années et passer
un examen probatoire de leurs capacités.
-
les courtiers gourmets de Paris devenus agents
des grande marque s et Groupements professionnels
d'experts près du Tribunal de commerce de la
Seine.
L'activité
commune à ces trois types de courtiers est
la négociation afin d'accorder acheteur et
vendeur aux conditions les plus acceptables et de
rédiger le contrat, fruit de ces accords.
A
l'heure actuelle, on peut estimer que l'ensemble de
la profession contrôle environ 80% de la production
nationale des AOC, un peu moins pour les Vins de Table.
Il
est notable que les bureaux de courtage de Bordeaux
contrôlent 100% des achats primeurs des grands
crus classés.
Outre
cette activité de transaction production négoce,
les courtiers assurent la plupart du temps les ventes
sur place (négoce à négoce).
Les
courtiers en vins de France sont organisés
en syndicats régionaux groupant des professionnels
spécialisés au coeur du terroir.
Ceux-ci
constituent des experts irremplaçables par
leur connaissance approfondie des terroirs, des hommes,
des familles, des traditions locales. Ils sont aussi
toujours consultés par l'INAO ou les Chambre
de commerce et d'industrie quand il s'agit d'établir
une hiérarchie officielle des grands curs (exemple
: classement des grands crus de Bordeaux en 1855).
En
France, le nombre des courtiers exerçant et
inscrits au registre du commerce avoisine 600. En
outre, les bureaux de courtage emploient généralement
des collaborateurs qualifiés, salariés,
dans leurs entreprises, qui ne soient pas inclus dans
cette estimation.
Profession
très ancienne, ayant su conserver une grande
tradition d'honneur et de probité, le courtier
en vins et spiritueux constitue un maillon indispensable
de la chaîne de distribution de nos grands vins.